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Quand le vin fait de l’œil à l’art

Le vin et l’art ont un point commun fondamental : ils parlent directement aux sens, sans forcément d’explication rationnelle. Tous deux naissent d’un terroir, d’un geste humain et d’une vision. Le vigneron compose avec des cépages, un climat, des levures, du temps et beaucoup d’intuition. L’artiste, lui, assemble pigments, matières, sons ou mots pour créer une émotion. À la fin, le résultat est le même : quelque chose qui se ressent avant de se comprendre.


Boire un vin ou contempler une œuvre, c’est accepter de lâcher prise. On goûte, on regarde, on écoute. Puis seulement après, on analyse. Ce n’est donc pas un hasard si, depuis l’Antiquité, le vin accompagne les artistes. Pas seulement comme boisson conviviale, mais comme langage culturel à part entière.



Le vin, miroir de l’âme humaine

Dans l’histoire de l’art, le vin n’est jamais neutre. Il raconte l’abondance, la fête, le sacré, mais aussi la solitude, la fatigue sociale ou la mélancolie. Dans la peinture hollandaise du XVIIᵉ siècle, les scènes de taverne montrent autant la joie populaire que les excès moraux. Chez Caravage, le vin est charnel, sensuel, presque dangereux. Dans la littérature, il devient une passerelle entre le monde réel et l’imaginaire. En musique, il rythme les émotions, de la célébration au blues le plus profond.


Un œnologue dira qu’un vin raconte toujours un lieu et une année précise. Un artiste dira exactement la même chose de son œuvre, sauf qu’il parlera d’état d’âme. Dans les deux cas, on retrouve les mêmes notions clés : équilibre, tension, structure, profondeur, longueur. Le vocabulaire de la dégustation pourrait presque servir à commenter une toile ou une symphonie.



IVRESSE PICTURALE

Chez Pablo Picasso, le vin n’est pas un simple accessoire de décor. C’est un élément du quotidien, presque un prolongement de sa culture méditerranéenne. Dans ses natures mortes cubistes des années 1910 à 1930, les bouteilles, verres et carafes deviennent des formes fragmentées, déconstruites, analysées sous tous les angles. La célèbre œuvre La Bouteille de vin de 1926 en est un parfait exemple : le vin n’est plus seulement contenu, il devient structure.


PABLO PICASSO - LA BOUTEILLE DE VIN, 1926		© Succession Picasso / ProLitteris, Zurich / Photo: Robert Bayer
PABLO PICASSO - LA BOUTEILLE DE VIN, 1926 © Succession Picasso / ProLitteris, Zurich / Photo: Robert Bayer

Picasso n’est pas un cas isolé. Édouard Manet peint les cafés parisiens où le vin accompagne la modernité urbaine. Vincent van Gogh représente des verres d’absinthe et des cafés nocturnes où l’alcool devient le compagnon de la solitude. Marc Chagall, lui, associe souvent le vin à la mémoire, aux traditions et à une forme de spiritualité joyeuse.


💡 Au XIXᵉ siècle, certains artistes vivaient dans une précarité telle qu’ils échangeaient effectivement des œuvres contre des repas ou du vin, notamment dans les quartiers bohèmes de Paris comme Montmartre. Le vin était alors à la fois monnaie d’échange, carburant créatif et lien social.



MUSE DES POÈTES

Chez Charles Baudelaire, le vin est presque un personnage. Dans Les Fleurs du Mal, il n’est pas qu’une boisson euphorisante, mais un moyen de transcender la réalité. Le poème Le Vin des chiffonniers ou Le Vin des amants montre bien cette idée d’élévation temporaire, de fuite lucide.


Paul Verlaine et Arthur Rimbaud, figures centrales du symbolisme, ont entretenu une relation célèbre et chaotique avec l’alcool. Pour eux, l’ivresse n’était pas seulement festive, elle était expérimentale. Ils cherchaient à dérégler les sens pour faire exploser le langage poétique, comme Rimbaud l’explique lui-même dans sa fameuse lettre du Voyant.


💡Au XXᵉ siècle, Charles Bukowski incarne une autre facette du vin. Chez lui, pas de grands crus mythifiés, mais du vin de table, souvent bu au goulot. Une consommation brute, presque brutale, qui reflète une écriture directe, sans filtre, profondément ancrée dans la réalité sociale américaine. Ici, le vin n’élève pas, il aide à tenir.


QUAND LA MUSIQUE EST BONNE

Le vin et la musique partagent un rapport intime au rythme et au temps. Le jazz, par exemple, a souvent célébré l’alcool comme symbole de liberté et de plaisir nocturne. Louis Armstrong, Ella Fitzgerald ou Billie Holiday chantaient régulièrement les bars, les nuits enfumées et les verres partagés, même si la célèbre chanson Red Red Wine a été écrite bien plus tard par Neil Diamond en 1967, avant d’être popularisée par UB40 dans les années 1980.


© Armand de Brignac
© Armand de Brignac

Dans le hip-hop contemporain, le vin et surtout le champagne deviennent des

marqueurs de réussite sociale. Jay-Z est l’exemple le plus emblématique. En 2014, il rachète la marque de champagne Armand de Brignac, aussi appelée “Ace of Spades”, qu’il transforme en véritable icône culturelle. Le vin n’est plus seulement bu, il est brandé, revendiqué, mis en scène comme une œuvre de pouvoir et de goût.


💡 Mais la musique ne parle pas toujours du vin comme d’une fête. Dans le blues, la soul ou certaines ballades, l’alcool devient refuge, souvenir, parfois regret. Comme un vin oxydé, il évoque le passé et les émotions qui s’y accrochent.



Le vin, œuvre d’art à part entière

À partir du XXᵉ siècle, le vin franchit une nouvelle étape : il devient lui-même support artistique. De grands artistes comme Salvador Dalí, Joan Miró, Andy Warhol ou Keith Haring ont signé des étiquettes pour des domaines prestigieux ou des cuvées spéciales. Ces collaborations ne sont pas de simples opérations marketing. Elles traduisent une véritable rencontre entre deux univers créatifs.

Aujourd’hui, ce dialogue continue avec le street art, l’illustration contemporaine et le design graphique. Certaines caves ressemblent à des galeries, certaines bouteilles à des objets de collection. On n’achète plus seulement un vin pour le boire, mais aussi pour l’histoire qu’il raconte visuellement.


Finalement, le vin et l’art partagent la même promesse : celle d’un moment suspendu. Un instant où le temps ralentit, où les sens prennent le dessus, et où l’émotion devient la seule chose qui compte. Comme un grand cru ou une œuvre marquante, les deux laissent une trace. Longue, persistante et inoubliable !

Le Mag by Rouge aux Lèvres, c’est notre façon de proposer un média ludique, coloré, sérieusement documenté mais facile à appréhender.

 

Sans chichi et sans complexe, on explore toutes les facettes du vin avec humour, dynamisme et ton décalé, mais sans rien oublier ! Un magazine sans fioritures, ni gros mots complexes ou alambiqués, qui t’offre juste du plaisir à lire, et à relire !

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